Arguments
Un affront à la cohésion sociale
Rien que dans les organisations de jeunesse, plus d'un demi-million d'enfants et de jeunes seraient affecté*es. Le travail et l'engagement des associations de jeunesse apportent aux jeunes un soutien crucial, une orientation et un sentiment de sécurité. Elles permettent à des jeunes venant de tous les milieux sociaux de se côtoyer et de se développer ensemble. Ces réductions budgétaires mettront tout cela en péril. Les enfants et jeunes issu*es de familles avec moins de moyens seront mis*es de côté et participeront moins aux activités sociales déjà mentionnées. Cela provoquera notamment une augmentation des coûts dans le domaine de la santé publique, et un retour en arrière après des années d'efforts de prévention et d'inclusion sociale.
Désinvestir dans le futur
Chaque année, des centaines de milliers d'enfants et de jeunes participent à des activités extrascolaires. Ils acquièrent ainsi des compétences importantes pour la vie qui leur faciliteront plus tard leur intégration dans la vie professionnelle : travailler avec d'autres, diriger un petit groupe, établir un budget, réagir à des situations nouvelles, etc. Cet apprentissage informel dans un contexte bénévole permet aux jeunes de participer à la société et de la construire activement. Une restriction de ces activités pourrait donc avoir des conséquences à long terme qui sont malheureusement difficiles à quantifier.
La crise de la santé mentale ignorée
Depuis la fin de la pandémie, la santé mentale des jeunes continue à s’affaiblir. Rien qu’en 2022, plus d’un tiers des jeunes femmes et 15% des jeunes hommes (15-24 ans) avaient eu des troubles psychiques sérieux au cours de l’année écoulée.3 63% des troubles psychiques se déclarent avant 25 ans. Ceux-ci se renforcent à travers l’isolement des jeunes et le sentiment de solitude. Les activités de jeunesse font partie des meilleurs outils pour faire face à cette crise. Elles redonnent du sens et aident les jeunes en difficulté à se relancer grâce aux rencontres faites et aussi aux responsabilités prises lors de ces occasions.
Des conséquences tangibles
Imaginons que les coupes dans la LEEJ soient validées. Que se passerait-il ? Difficile à dire : l’OFAS serait compétente pour décider où elle réduira ses subventions. Néanmoins, si ces réductions s’appliquent linéairement (donc 10% de moins partout), nous pouvons déjà dresser quelques conséquences possibles :
Les projets pour les jeunes deviennent payants
Exemple Session des jeunes : -40'000 CHF
Chaque année, le CSAJ rassemble 200 jeunes de l’ensemble du pays à Berne pour une simulation parlementaire à grande échelle. Cet évènement a un grand engouement et permet à des centaines de jeunes de se familiariser avec le monde politique. 10% de moins signifierait une réduction du budget de 40'000 chf. Sachant que les dépenses du projet sont déjà millimétrées, nous serons contraint∙e∙s de demander des frais de participation, ce qui créerait une sélection sociale évidente et problématique.
Réduction des activités jeunesse
Exemple mouvements scouts : -216'000 CHF
En Suisse, les scouts organisent chaque année sur l’ensemble du territoire d’innombrables activités avec des dizaine de milliers d’enfants et de jeunes. Ces activités sont variées mais en toutes en commun la confiance mise dans la jeune génération et le principe de non-discrimination. Avec 10% de moins chaque année, les mouvements scouts auraient plus de difficultés à assurer l’accessibilité financière à toutes et tous de leurs activités.
Affaiblissement de la prévention sanitaire
Exemple Pro Juventute : -15'000 CHF
Pro Juventute fournit une aide directe à plus de 300'000 enfants et 140'000 parents chaque année. Ces aides sont orientées dans le but que chaque enfant puisse grandir en bonne santé psychologique entouré de proches conscients de leurs besoins. Ces conseils sont centraux dans le travail de prévention fait à l’égard des enfants et des jeunes pour qui celles*ceux-ci grandissent dans un environnement sain. Une baisse de 10% de la LEEJ les contraindront à revoir leurs offres de conseils à la baisse.
La promotion de la jeunesse est un outil particulièrement efficace
L’argent investi dans la LEEJ est particulièrement efficace. Il ne représente que 0.016% du budget de la Confédération (14 millions sur 86.5 milliards) mais est capable d’atteindre de nombreux buts dans la politique de la jeunesse. Cet outil s’appuie sur la collaboration étroite avec les organisations de jeunesse et a un champ d’action élevé grâce aux milliers de bénévoles à travers le pays.
La LEEJ avait été évaluée en 2018. Le rapport d’évaluation4 avait conclu que la loi est appropriée, permet d’atteindre les objectifs visés et que les moyens à disposition sont régulièrement épuisés. Parallèlement, le rapport établit que les parties prenantes sont toujours plus nombreuses.
Le Conseil fédéral pense qu’il peut se permettre de réduire la LEEJ de 10% car l’encouragement des activités extrascolaires et la politique de la jeunesse seraient une affaire cantonale. Les article 41 et 67 de la Constitution assurent pourtant le contraire en prévoyant une coresponsabilité entre les deux échelles de pouvoir. La Confédération ne doit pas désinvestir dans ce domaine, d’autant plus que très peu de cantons auraient la capacité de remplacer cette réduction.
Développement de la promotion de la jeunesse en Suisse
Au niveau fédéral, la politique de l’enfance et de la jeunesse a mûri lentement. Elle est caractérisée par la répartition des tâches entre la Confédération et les cantons (et les communes) : les principales responsabilités incombent à ces derniers, peu reviennent à la Confédération.
1971
Premiers jalons d’une politique de la jeunesse
L’étude Jalons pour une politique de la jeunesse est publiée. Commandée par l’administration fédérale et le CSAJ, elle apport de nouvelles connaissances scientifiques dans le domaine et répond aux demandes issues de mai 68 : la jeunesse doit faire partie intégrante de la société. Plusieurs interventions parlementaires déposées au niveau fédéral réclament une politique de la jeunesse nationale. Une nouvelle commission est instituée par le Département fédéral de l’intérieur dans le but d’étudier plus sérieusement la question. Elle mènera au « Rapport Gut » et à la Commission fédérale pour l’enfance et la jeunesse (CFEJ). La même année, l’encouragement à Jeunesse et Sport est intégré dans la Constitution.
1987
Encourager les activités de jeunesse extra-scolaire
Le Conseil fédéral présente son message sur l’encouragement des activités de jeunesse extra-scolaires. Celui-ci se concentre sur le bien-être physique et intellectuel des jeunes. Il inaugure également le Congé-jeunesse non-payé d’une semaine. Encore aujourd’hui, ce Congé-jeunesse est utilisé par des milliers de jeune à travers la Suisse pour participer à des activités de jeunesse.
1991
Une politique de la jeunesse en application
La loi fédérale concernant l’encouragement des activités de jeunesse extra-scolaires (LAJ) entre finalement en vigueur le 1er janvier 1991. Ses principes généraux sont : Protection, encouragement du développement et de l’autonomie ainsi que droit à la parole et la participation aux décisions.
2008
Révision totale de la LAJ
À la suite de nombreuses interventions parlementaires et la présence du débat sur la jeunesse dans les médias, le CF est amené à conclure que les structures et bases légales existantes, la loi fédérale sur l’encouragement des activités de jeunesse extra-scolaire (LAJ) ne répond plus aux nouveaux besoins. En effet, le 19 décembre 2007 un débat sur la jeunesse a lieu au parlement et les postulats suivants sont approuvés : Janiak 00.3469 « Loi cadre relative à une politique suisse de l’enfance et de la jeunesse », Wyss 00.3400 « Améliorer la participation des jeunes à la vie politique » et Wyss 01.3350 « Session fédérale des jeunes. Droit de proposition ». Le postulat Janiak demande essentiellement l’élaboration d’une loi-cadre au niveau fédéral, qui charge les cantons de mettre sur pied une vaste politique d’encouragement des activités de jeunesse, et la création par la Confédération d’un organe ayant pour mission de coordonner les travaux de toutes les unités de l’administration en lien avec la politique de l’enfance et de la jeunesse. Les postulats de la conseillère nationale Ursula Wyss réclament des mesures visant à encourager la participation politique des enfants et des jeunes, ainsi qu’un droit de proposition pour la Session fédérale des jeunes. le Conseil fédéral propose une révision totale de la loi sur les activités de jeunesse, portant essentiellement sur les points suivants : l’encouragement de l’animation jeunesse en milieu ouvert et des formes novatrices d’activités de jeunesse ; la promotion de la Session des jeunes, ce qui encouragerait la participation des enfants et des jeunes à la vie politique à l’échelon fédéral ; la possibilité d’aider les cantons à élaborer et à organiser leurs politiques de l’enfance et de la jeunesse, et partager leurs expériences. En revanche, créer un nouvel organe administratif fédéral n’est pas nécessaire, car il en existe déjà un à l’Office fédéral des assurances sociales.
2011
Création de la LEEJ
Le but est de renforcer l’engagement de la Confédération en matière de politique de l’enfance et de la jeunesse. La loi fédérale sur l’encouragement des activités extrascolaires et des enfants et des jeunes (LEEJ) réglemente, les modalités d’octroi d’aides financières aux cantons et aux communes (art. 11 à 26) ainsi qu’aux organismes privés (art. 6 à 10) qui sont principalement actifs dans le domaine des activités extrascolaires ou qui proposent régulièrement des programmes dans ce domaine. Il y a quatre types d’activités qui peuvent bénéficier du soutien : l
- es tâches de gestion et les activités régulières (art. 7)
- les projets d’importance nationale pouvant servir de modèle ou encourageant la participation des jeunes (art. 8)
- la formation et le perfectionnement (art. 9)
- les projets visant à favoriser la participation politique au niveau fédéral (art. 10)
À la différence de l’école, c’est l’apprentissage non formel et informel qui figure au centre des activités extrascolaires.
2018
Évaluation de la LEEJ
La LEEJ a été évaluée en 2018. Le rapport d’évaluation a conclu que la loi est appropriée, permet d’atteindre les objectifs visés et que les moyens à disposition sont régulièrement épuisés. Parallèlement, le rapport établit que les parties prenantes sont toujours plus nombreuses, que de nouveaux groupes de personnes et organisations sont encouragés et que les exigences de qualité ne cessent d’augmenter. En 2019, le Parlement fédéral a fait le choix de réhausser légèrement le montant alloué à la LEEJ en raison de cette augmentation constante des besoins et des exigences dans le domaine de la promotion de l’enfance et de la jeunesse. En décembre dernier, le Conseil national et le Conseil des États ont cette fois décidé de maintenir la dotation comme elle est, en s’opposant à la proposition de réduction de 2.3 % du Conseil fédéral. Ces décisions démontrent non seulement que ce programme bénéficie d’un large soutien démocratique mais aussi qu’il fonctionne bien avec des objectifs atteints chaque année. Le maintien du budget alloué pour la LEEJ est d’ailleurs soutenu par une large coalition comprenant 90 organisations de la société civile et plus de 17’000 signataires.